Alain Wernimont    

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7) Le décor.
 

 

 

Le décor naval a subi de profonds changements les dix dernières années, la nouveauté la plus visible est certainement l’adoption du cintre en forme de fer à cheval, une des conséquences est le rétrécissement du tableau arrière qui va restreindre l’opulence du décor en ce lieu. A ce propos on peut voir le plan de capture Anglais du Boullongne, vaisseau de 600 tx de la Cie des Indes. Construit à Lorient en 1758, son tableau arrière est doté d’un cintre en forme de fer à cheval. La même remarque s’applique au Bertin vaisseau de 1200 tx construit deux ans plus tard, qui comporte en plus une galerie avec deux portes donnant sur la chambre de conseil. (*1).

Cette évolution a nécessitée une adaptation de la structure de la poupe pour pouvoir porter ce décor. L’adoption d’un deuxième niveau de bouteille se généralise. Le décor proposé par Caffiéri pour le Royal-Louis de 1758 construit à Brest par Luc Coulomb propose encore les deux solutions, l’ancienne formule qui comporte encore un amortissement pour donner l’illusion de volume, ou les bouteilles à l’Anglaise. Le projet de décor du Zodiaque et du Thésée ne comporte plus que une bouteille à l’Anglaise. Pour terminer, l’exemple du Saint-Esprit ou l’on retrouve la bouteille à l’Anglaise et le cintre en forme de fer à cheval. (*2)

La voûte de la galerie est couverte par un bordage en bois, (*3) et soutenue par des pistolets prenant appui sur les barrots de la dunette. Antoine Groignard est certainement le premier constructeur à avoir adopté ce type d’architecture de poupe sur L’Eveillé , vaisseau de 64 canons  construit à Rochefort en 1752 (*3), à ce sujet on peut noter que le modèle du Vaisseau de 74 d’Augustin Pic (*4) qui date de 1755, présente également cette caractéristique tout en gardant encore la bouteille à la Française.

 

   *1

Les vaisseaux de la Cie des Indes  par Jean Boudriot, page 72, 74.

   *2

Les vaisseaux de 74 à 120 canons par Jean Boudriot, page 340 à 344) 

   *3 Les vaisseaux de 50 à 64 canons  par Jean Boudriot, page 105

   *4

Neptunia n° 130, Un modéliste au 18ème Siècle  par Jean Boudriot
Modèles Historiques,
Vaisseau de 74 can. 1755  aux éditions ANCRE
 

 

 

Vue d’ensemble de la poupe du vaisseau.

 

 
 


De part et autre de la jaumière on a les sabords de retraite donnant de l’air et de la lumière dans la St-Barbe, dans l’alignement on retrouve les conduits d’évacuation du cabinet situé dans le premier niveau de la bouteille. Au niveau du deuxième pont on retrouve le cartouche comportant le nom du vaisseau et les fenêtres de la chambre de conseil. Le balcon situé au niveau du gaillard arrière correspond à la chambre de conseil et est accessible par une porte située au centre. On termine par le couronnement orné d'un cartouche aux armes de la Compagnie des Indes et surmonté par le fanal.

 

 

 

 

Vue en gros plan du fanal de poupe.

Celui-ci mesurait en réalité environ 2 mètres  de hauteur, il était soit réalisé en bois ou en en fer blanc. Sa forme générale est octogonale, déporté vers l’arrière suivant une double courbure qui lui procure beaucoup d’élégance. Son dôme est couronné d’une flamme Pour être en harmonie avec la présentation générale du modèle, j’ai choisi la dorure à l’antique pour traiter le fanal et son chandelier. Le chandelier supportant le fanal prend naissance dans le haut du cartouche qui est normalement traité aux couleurs de la Cie des Indes, entouré de rocailles et de culots, c'est le seul décor du tableau.

 

 

 
 


Réalisation du fanal de poupe

La technique de fabrication est basée sur le principe d’électrolyse, la carcasse du  fanal est donc en cuivre. Sa réalisation s'est faite en six étapes. Création d’un master (au dessus à droite), réalisation d’un moulage en matière silicone haute température, moulage d’un modèle en plomb, apport de cuivre par électrolyse sur le modèle en plomb, extraction du plomb par fusion, pour terminer par la finition. Le modèle en bois à été réalisé par moi-même, les essais et la mise au point de la méthode d’électrolyse on été effectués par Henri Defresne qui au total aura réalisé une dizaine de pièces à partir du moule en silicone.

 

 

 

 

Autre prise de vue du fanal de poupe. Comme on peut le voir sur la photo précédente, pour simuler le vitrage, l'intérieur du fanal peut recevoir un noyau en matière transparente qui est réalisé pour le modèle en résine époxy d'aspect translucide ce qui confère au fanal un petit côté antique du verre fabriqué manuellement. En définitive, sur le modèle le noyau translucide n'a pas été installé à l'intérieur, ceci confère une touche de  légèreté à l'ensemble du décor du tableau arrière.

 

 

 

 

 

 
 


Ce dessin hors monographie de Renier Defresne a servi de base pour la décoration spécifique des termes. Les faces arrières et latérales extérieures des termes sont décorées par un genre de feuilles d’eau. La partie haute se termine par un enroulement rehaussé par une guirlande enrubannée et raccordé au tableau par une feuille d’acanthe embrassant le montant de la rambarde.
 

 
 

 

 

 

 

 


Le balcon est soutenu de chaque côté par une courbe de bois, un décor léger intègre parfaitement cette pièce de charpente dans l’ensemble du décor arrière. On retrouve le même décor en forme de feuilles d’eau à sa face arrière que sur les termes.

 

 

 


 
 


Cartouche au nom du vaisseau placé sur le tableau arrière en dessous de la fenêtre de la chambre de conseil, le lettrage est réalisé en plaquage, idem pour le ruban de culots. On peut observer un léger galbe horizontal et vertical qui contribue à donner une impression de volume.

 

 

 

 

Vue d’ensemble de la bouteille tribord.

 

 
 


Les termes sont dévoyés vers l’arrière pour rejoindre les pistolets formant la charpente du tableau arrière. A remarquer, la courbe de soutien de la galerie suit le mouvement pour s’intégrer à l’arrière de la bouteille.

 

 

 

 

Le jardin est décoré légèrement par un ensemble de guirlandes attachées par des anneaux. Le cabinet au niveau de la galerie est habillé par des fausses fenêtres encadrées par des pilastres se terminant par un chapiteau de style corinthien, on retrouve ces mêmes pilastres au niveau des fenêtres de la chambre de conseil.

 

 

     

On voit bien l’inclinaison de plus en plus prononcée des fuseaux en allant vers l’avant, la liaison avec la muraille se fait par un plaquage en feuille d’acanthe. Le socle supportant la galerie est rehaussé par un large cordon mouluré et  agrémenté en partie haute par une suite de motifs ovals en plaquage, ceux-ci sont placés alternativement dans le sens horizontal puis vertical. Les fenêtres de la grande chambre au niveau du 2ème pont sont également pourvus de plaquages représentant les mêmes pilastres mais couverts par des chapiteaux de type ionique.

 

 

 

 

     
 


Plaquage en feuille d’acanthe, exécuté d’après un dessin de la main de Renier Defresne en remplacement du décor proposé dans la monographie du Bonhomme Richard.

 

 

 

 

Le décor en feuilles d’acanthe est tout à fait classique pour un cul-de-lampe, celui-ci sert à amortir les coups de mer au niveau de la sole de cette bouteille.

   

 

 

 

Vue d’ensemble de la proue du vaisseau.

 

 


Le décor est principalement composé par les pièces de charpente de la structure de la plate-forme de poulaine. La forme des pièces, leur aboutissement associé à une mouluration suffisent pour donner de l’élégance et une impression de légèreté à la partie avant du vaisseau. Seules la tête de la grande herpe et la courbe du bossoir sont rehaussées par quelques culots sculptés en léger relief

 

 

 

 


Gros plan sur la figure de proue. Le lion est un motif passe partout qui en plus à l’avantage d’être d’un prix de revient moins élevé qu’une figure humaine. Le lion tient entre ses pattes avant un cartouche aux couleurs de la compagnie des Indes

 

 

FIN.

 

 

 

               



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